Le "Cattano" à travers l'Histoire et la Littérature

 

Le mot "CATTANO" est utilisé comme substantif dans de nombreuses chroniques historiques anciennes d'Italie ; il signifiait alors : "seigneur féodal", mais ce sens doit être nuancé.

 

L A. MURATORI (1672-1750) nous livre dans ses œuvres littéraires de nombreuses informations historiques et linguistiques, fruits de ses recherches et de l'étude philologique des textes anciens dont il était un spécialiste.

Ainsi dans ses Dissertazione Antichità d'Italia (XI et XLII), il confirme l'origine du patronyme Cattani. Citons-le: "... per lo più erano intitolati Capitanei, della qual voce mutata in Captaneo, si formò Cattaneo".

Plus loin, énumérant et commentant l'origine des noms de famille il nous dit:"...non pochi Cognomi nacquero dalle dignità godute, o dalle arti esercitate da i Maggiori. E quantunque col tempo mancassero tali Dignità, ne piu si esercitassero la quelle arti, pure ne continuò la denominazione ne'posteri ...i Capitani, mutata la voce in Catanei..." trad .

On notera que l'oubli du deuxième "t" dans cette dernière citation reproduit fidèlement l'orthographe du mot tel qu'il a été imprimé dans l'ouvrage. Cette "faute" est fréquemment commise au cours des siècles par les imprimeurs, les historiens, les notaires, les curés ou les officiers de l'État Civil !

 

E. MENAGIO dans son ouvrage: "LE ORIGINE DE LA LINGUA ITALIANA" (1685) consacre un long article au mot "cattano". Il cite de nombreux extraits de la littérature italienne où l'on rencontre le mot "cattano" employé comme substantif, dans sa signification de "Seigneur Féodal".

MENAGIO cite longuement AMMIRATO qui nous rapporte que dans le "Reggimento de'Principe", attribué par certains à Saint Thomas, le mot cattani était équivalent à celui de Baron.

L'origine étymologique à partir du latin "capitaneus" est en effet admise par l'immense majorité des "Savants" de l'époque. Seul l'Académicien de la Crusca Francesco REDI (XVIe) dans une lettre à caractère polémique adressée à son collègue O.BUONDELMONTE soutint l'hypothèse que cattano dérivait de "castellano" et réfutait l'origine étymologique "capitano", admise par de nombreux autres Académiciens.

Mais en analysant son argumentation, on constate en fait, qu'il assimile abusivement et par analogie, l'étymologie du terme cattano à sa signification historique ou littéraire (seigneur féodal, châtelain). Il ne s'appuie sur aucun argument grammatical ou linguistique sérieux pour fonder son assertion (voir le texte écrit en 1685 par MENAGIO).

 

Autres hypothèses étymologiques avancées:

-selon CORIO, au Palais Impérial, les préposés responsables pour la table de l'Empereur de l'approvisionnement en eau étaient appelés: "catanei". En effet, le vase utilisé qui contenait l'eau de boisson s'appelait : "catino" ;

-Selon Pier Francesco GIAMBULLARI; (Origine de la lingua fiorentina) Cattano dériverait de l'araméen : "hetanim" qui signifie : notable ;

-catana: accessoire de chasseur (latin: cajetanus?) signifiant gibecière. Une famille Catani (avec un seul "t") en Corse aurait eu des ancêtres armuriers ainsi surnommés ?

 

Le chroniqueur G. VILLANI; (1280-1348) l'emploie très souvent dans son Ïuvre "...Messer Francesco Barbignano e altri grandi Cattani e Varvassori..."(IX, 180).

R. MALISPINI; écrit: "Molti Cittadini antichi, e Gentili uomini aveano Tenute, Castella, e Ville in Contado; e ancora tali ve l'aveano innanzi che Atile disfece Fiorenza. E anche vi fuorono diquegli, che l'aveano rifatte, e chi fatto di nuovo. E qui in brevità ne faremo menzione di certi, e chi ve l'avea, che eran Cattani Gentili uomini di Contado." (CAP.(59) LIX.) ; ailleurs on peut lire :"...Posono assedio alla Rocca di Fiesole che allora era molto forte, e teneanla certi gentiluomini Cattani..., i quali vi teneano entro manasdieri e banditi..." (CAP LXXII).

CORIO (IST.MIL.,124) : "...Ordinò che i Catanei e Valvassori dessero la decima delle loro entrate...".

Nous citerons de nouveau MURATORI qui précise la signification de la fonction du Cattaneo dans le système féodal : "Fu ancora in uso, che i Vassalli de i Re, Duchi, Marchesi, Vescovi, Conti etc.. avessero de'Vassalli minori, che perciò erano appellati Valvassores. I Vassi poi de i Re ed Imperadori, e i loro Feudi erano sottoposti solamente alla Regia, e Cesarea Maestà, nè dipendevano dalla Città, o dal suo Governatore. Quand'essi non godevano el titolo di Duchi, Marchesi, o Conti, per lo più erano intitolati Capitanei, della qual voce mutata in .i.Captaneo;, si formò .i.Cattaneo.; Furono anche chiamati Castellani, perchè signoreggiavano qualche Castello. Nel Vocabolario della Crusca Castellano è detto un Abitante di Castello.Ma le paroli ivi addotte dal Boccaccio nella Novella VII. della 2.Giorn. non significa questo, ma bensì il Signore di un Castello. Sembra nondimeno, che ne gli Atti antichi del Comune di Modena si desse tal nome a gli abitanti nelle Castella" .trad

Cette notion de délégation de pouvoir directement reçue des princes ou de l'Empereur, semble caractériser le titre de Cattano.

Dans son DIZIONARIO DEL LINGUAGGIO ITALIANO Giulio .i.REZASCO;, résumant divers auteurs et historiens, écrit à l'article "cattano ou cataneo" : "ce Noble, le plus souvent de race étrangère, qui, au Xe siècle, avait reçu du Roi ou de Princes, en fief et en bénéfice, une pieve en totalité ou en partie; dans la cité de Milan, il correspond à un notable important".

Rappelons qu'une pieve, à l'époque médiévale, était une circonscription géographique regroupant plusieurs communes autour d'un centre constitué par l'Église paroissiale ou la Cathédrale. Ces "pieve" jouissaient de prérogatives administratives notables.

La "race étrangère" peut signifier l'origine "barbare" ou germanique de ces chefs de guerre.

 

G. REZASCO poursuit sa définition de cattano en précisant "translation ou synonyme de Capitano". Citant Leo (Stor.Stat.Ital,IV,6), puis Giulini (Mem.Mil.TIII,1760) il écrit : "Cependant Feudataire de comté, au début assujetti au Prince ou au Comte dans l'administration, puis Seigneur libre avec une autorité totale ou partielle sur ses fidèles.

Nom utilisé dans toute la Toscane et dans les autres parties des régions appenines jusqu'à Modena et Reggio ; au delà on utilisait le titre de Baron ; à Milan, le titre de "Cattano" avait, comparativement, la même valeur que celui de "Grande o Gentile" à Florence, de "Casastico" à Lucca, de "Nobile d'Ospizio" en Asti, de "Nobile di Patrimonio" à Pisa.

Ces "Cattani" ou Notables, dominèrent Milan autoritairement après les Conti, puis se constituèrent en Compagnies ou sociétés politiques, lesquelles disparurent en même temps que les Compagnies populaires leurs adversaires en 1279."

CORIO dans son ouvrage historique écrit : "Il Vescovo, e poi l'Arcivescovo di Milano nellà città, o in altri luoghi, faceva Capitani della plebe alcuni popolari, che poi, con vocabolo corrotto, erano detti Catanei" trad

En effet, aux XIe et XII siècles l'Italie connaît ce que l'on appelle le mouvement communal. Les villes qui connaissent un essor économique important s'organisent en territoires communaux dotés d'une autonomie politique ou même en Républiques. Une fraction évoluée du "popolo" essentiellement la bourgeoisie marchande et industrielle revendique une part de pouvoir politique pour contrebalancer le pouvoir des puissants Féodaux. Ils s'organisent en "societas populi" et choisissent à leur tête un chef le "Capitano del popolo". A certaines périodes, en particulier quand la lutte entre la Papauté et l'Empereur atteint son acmé lors des guerres entre Guelfes et Gigelins, ce "Capitano del popolo", devenu chef de parti et général des vainqueurs, exercera souvent une véritable dictature, affaiblissant considérablement l'autorité du Podestat.

 

Certains historiens affirment que "cattano" correspondait à une dignité nobiliaire féodale voisine de celle de Comte.

Ainsi, G.P DE CRESCENZI ROMANI dans son ouvrage "Corona della nolbilta d'Italia. Famiglie illustri" (1639), hiérarchise la noblesse en six grades (niveaux). Le premier est la "nobiltà Civile", le second est celui de "Cavaglieri" (chevalier),le troisième est la "nobiltà Signorile" (noblesse seigneuriale) qui englobe les titres de: Baroni (baron), Valvasori (vavasseur), Catani (cattano), Palatini (palatin), Conti (comte), Visconti, marchesi (marquis) e gran Signori di vassallagio. Les trois derniers grades étant ceux de Prince, de Roi et enfin le plus élevé : celui d'Empereur.

BORGHINI dans son Libro della Chiesa, e Vescovi Fiorentini écrit : "Questo era una spezie di particolare Signoria, come è quella di Marchese, di Conte, ed altri tali ; e per avventura assai simile a quelli che in certi luoghi (come à ogni paese le sue proprietà) si chiamano Valvassori, o Baroni; e da noi, e d'altri, Cattani;. Ma erano di men dignità questi, che Conti: Sebbene anch'egli aveano Castella, e Tenute, e Vassalli.".trad

SANSOVINO; dans Origine delle Famiglie Illustri d'Italia; à propos des Seigneurs Malatesti, écrit : "Non voglio però lasciar di dire, che essi erano, prima che avessero cognome di Malatesti, detti Cattani, secondo l'uso di quei tempi : perciocchè questa voce Cattani; così detta forse per accorciamento da quest'altra voce Capitani, significava uomini di giurisdizione, Principali, Nobili, e come Signori fra gli altri."

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